jeudi, 19 mars 2009
Un soutien de plus
Il est à 40 ans l'un de nos plus brillants analystes géo-stratégiques. C'est une des raisons pour lesquelles il était professeur à l'ex-École de guerre, dont il vient d'être éjecté sans le moindre ménagement. Après des saltimbanques inconscients, le docteur en science politique de la Sorbonne, directeur de la Revue Française de Géopolitique et secrétaire général de l'Académie internationale de géopolitique Aymeric Chauprade a eu le tort d'évoquer, en un ouvrage toutes les versions (officielles ou non) des attentats du 11 septembre 2001. Cette manifestation d'esprit critique, désormais interdite au pays de Voltaire, est une occasion pour vous conseiller, entre autre, la lecture de cette somme "Géoopolitique, constantes et changements dans l'histoire" qui vaut son prix - dans laquelle se déploie un esprit encyclopédique, rigoureux, curieux de tout et son contraire. Ce qu'on lui reproche. Grâce à quoi il nous fait vraiment connaître le monde dans lequel nous vivons et que certains lobbies voudraient, comme au temps de l'Inquisition, réduire à duel entre le Diable et le bon Dieu.
AB
Source : TRIBUNE BULLETIN Côte d'Azur n°474 du 27 février 2009
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mercredi, 04 mars 2009
"... son éviction ne peut qu'indigner tout esprit libre et tout homme de bonne foi"
Le limogeage brutal d'Aymeric Chauprade du Collège Interarmées de défense (CID), où il était chargé de cours de géopolitique depuis dix ans et où il était particulièrement apprécié des étudiants pour la rigueur toute classique de son enseignement, est lourd de signification à deux mois de la réintégration officielle de la France au sein du commandement intégré de l'Otan. Il n' y a apparemment plus de place, au sein des instances stratégiques françaises, pour les tenants (surtout s'ils sont talentueux) de la géopolitique française traditionnelle, autrement dit de la géopolitique "capétienne" remise à l'honneur par le général de Gaulle et poursuivie, vaille que vaille, par ses successeurs, de Georges Pompidou à Jacques Chirac.
Mais, plus largement, ce limogeage est révélateur du verrouillage de plus en plus serré qui affecte aujourd'hui la pensée et la recherche, la culture et la liberté de l'esprit, au profit d'un brouet standardisé et prémâché, interdisant toute réflexion critique.
Que l'on partage ou non les vues d'Aymeric Chauprade, son éviction ne peut qu'indigner tout esprit libre et tout homme de bonne foi.
Christian Brosio
journaliste, Paris.
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dimanche, 22 février 2009
Chauprade inondé de courriers de soutien
Aymeric Chauprade reçoit de très nombreux courriers de soutien de tous horizons : de ses anciens élèves, de ses pairs, de militaires comme de civils. Voici celle de M. Benoit Gorlich.
Cher Monsieur,
C'est parce que j'estime avoir une dette intellectuelle envers vous que je prends la liberté de vous écrire. Passionné par la géopolitique, je vous dois en effet la découverte de cette discipline par la lecture de vos ouvrages il y a quelques années, alors que j'étais encore adolescent. Actuellement âgé de 19 ans et étudiant en deuxième année de droit à Marseille en vue de poursuivre des études de droit international public, je souhaitais vous faire part de mon soutien moral dans l'affaire dont vous êtes actuellement victime.
Je trouve indigne le motif de votre renvoi du Collège interarmées de défense, et je me doute bien sûr qu'il n'est qu'une explication officielle et superficielle au limogeage d'un esprit libre et pour cette raison dérangeant.
En ce qui me concerne, je garde en permanence votre manuel de géopolitique sur ma table de chevet, et je suis avec attention vos interventions dans la Nouvelle revue d'Histoire et sur Radio Courtoisie. Vos analyses me paraissent toujours éclairées et éclairantes pour un esprit qui n'est encore qu'en formation.
Pour cette raison, j'espère de tout cœur que les procédures que vous avez engagé vous rendront justice, et qu'elles seront en tous les cas l'occasion pour vous de mettre en lumière le rôle néfaste d'un certain nombre de gens qui contribuent à donner à la France une orientation stratégique diamétralement opposée à ses intérêts profonds. Au-delà de la défense légitime de vos droits, c'est là que se trouve, peut-être, le service que vous pouvez rendre à nos concitoyens.
Je vous prie de croire à l'assurance, avec mon soutien, de mes sentiments les plus respectueux.
Benoît Gorlich
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dimanche, 15 février 2009
Courage Aymeric Chauprade !
Edmond Jouve est professeur émérite de science politique à la faculté de droit de l'université René-Descartes. Il y a dirigé le diplôme d'études approfondies de Droit de l'économie internationale et du développement, ainsi que l'Observatoire des relations internationales, du développement et de la francophonie. Il est président de l'Académie des sciences d'Outre-Mer. Ancien secrétaire général de l'Association des écrivains de langue française (ADELF), il en est aujourd'hui président d'honneur. Edmond Jouve a écrit de nombreux livres, codirigé des ouvrages et collaboré à plus de 50 publications. Il a écrit plus de 40 articles scientifiques et préfacé 22 ouvrages. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de non-violence et de paix et est connu pour ses opinions de gauche.
Courage Aymeric Chauprade !
Aymeric Chauprade a été mon étudiant au sein du DEA de Droit de l'Economie internationale et du Développement organisé par la Faculté de Droit de l'Université Paris Descartes.
Il m'est constamment apparu comme particulièrement courtois, travailleur, brillant, ouvert à la discussion.
Fait exceptionnel : son mémoire de doctorat sur la Francophonie - que j'avais dirigé - a été publié ("L'espace économique francophone", Paris, Ellipses, 1996).
J'ai également, à sa demande, dirigé sa thèse de doctorat en Science politique sur "La géopolitique : genèse, déterminants, modèles explicatifs".
Le 12 décembre 2000 , elle a été soutenue, devant un jury pluridisciplinaire composé des professeurs Jacques Soppelsa (président, géographe, Paris I), Jean-Paul Bled (historien, Paris IV), Jacques Frémeaux (historien, Paris IV), Charles Zorgbibe (politicologue, Paris I), Edmond Jouve (politicologue, Paris Descartes).
Elle a été proposée pour un prix et une subvention. Elle a obtenu la meilleure mention : très honorable, avec les félicitations du jury (à l'unanimité).
Elle a également été publiée sous le titre "Géopolitique, constantes et changements dans l'histoire" (Paris, Ellipses, 2007, 3e édit., 96O p.). Elle a fait l'objet d'un important compte rendu par Valérie Fossa (CITIC 74).
Par la suite, même si nous nous sommes revus quelques fois, M. A. Chauprade a volé de ses propres ailes. Je me suis réjoui de ses succès, sans pour autant le suivre nécessairement dans toutes ses démarches.
J'apprends aujourd'hui qu'il a été "congédié" par notre ministre des Armées, M. Hervé Morin, suite à un article paru dans un hebdomadaire.
Je n'ai pas encore lu son dernier livre. Mais qu'importe, j'en sais assez de lui !
Je voudrais dire à Aymeric que je suis désolé de ce qui lui arrive et que je lui garde estime et amitié. De grâce, qu'on nous laisse travailler en toute liberté ! Qu'on laisse se développer le débat ! Qu'on ne condamne pas "a priori". C'est ainsi que le monde progresse !
Cher Aymeric Chauprade, j'ai vécu des moments qui ressemblaient un peu aux vôtres, du temps de mon tiersmondisme réel... ou supposé.
Que n'a-t-on pas dit (ou pensé) lorsque j'ai rencontré tel ou tel chef d'Etat , pris tel ou tel parti, écrit tel ou tel livre, effectué tel ou tel voyage !
Aujourd'hui pourtant, certains m'ont rejoint et même dépassé ! Alors !... N'en déplaise à notre chère Ministre, le métier d'enseignant - chercheur est rude (même durant la retraite !). Surtout si l'on veut explorer "les chemins des temps nouveaux"... On bute contre des obstacles. On tombe. On se relève. On recommence. On est incompris. Parfois même on est fêté (eh oui !)...
Cher Aymeric, reprenez votre besace, et repartez de plus belle ! La Communauté scientifique a un besoin urgent de personnalités comme vous ! Je n'ai pas attendu aujourd'hui pour le dire (ici ou ailleurs) - vous le savez bien !
Ces temps derniers, deux de mes anciens élèves (français comme vous) sont devenus ambassadeurs de France dans de grands pays arabes. Je m'en suis félicité.
Aujourd'hui, permettez que je me tourne vers l'un de mes plus brillants étudiants qui se trouve dans la peine et que je lui dise : Persévérez ! N’abandonnez pas ! Ne vous laissez pas abattre ! N'ayez pas peur ! Vous savez le faire. Nous avons besoin de vos analyses même (et surtout) si elles ne sont pas toujours les nôtres (et les miennes !).
Toutes les pensées uniques ont conduit le monde à la catastrophe ! Essayez, à votre façon, de nous en préserver ! La République, un jour ou l'autre, vous en saura gré.
Edmond JOUVE
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Lettre ouverte à Hervé Morin, ministre de la Défense euro-atlantiste
Monsieur le ministre de la Défense de l’Occident,
Je m’autorise de vous interpeller avec un titre erroné puisque, renouant avec une mauvaise habitude pratiquée sous le septennat giscardien, le terme « nationale » a été supprimé de l’intitulé officiel de votre ministère. Permettez-moi par conséquent de vous désigner tour à tour comme le ministre de la Défense euro-atlantiste ou celui de la Défense de l’Occident, tant ces deux appellations me paraissent vous convenir à merveille.
Si je vous adresse aujourd’hui la présente algarade, sachez au préalable que je ne vise nullement l’élu local normand que vous êtes par ailleurs. L’adhérent au Mouvement Normand que je suis, soutient, tout comme vous, l’indispensable (ré)unification normande des deux demi-régions. Notre désaccord concerne l’avenir de la France, de son armée et de l’Europe de la défense.
Je vous dois d’être franc. Quand en mai 2007, vous avez été nommé au ministère de la rue Saint-Guillaume, j’ai immédiatement pensé à une erreur de recrutement : vous n’êtes pas fait pour occuper ce poste, faute d’une carrure suffisante. Comment cela aurait pu être autrement avec un Premier ministre qui, lui, est un fin connaisseur de la chose militaire depuis de longues années ? Il s’agissait surtout de vous récompenser pour avoir abandonné (trahi, diraient de mauvaise langues) entre les deux tours de la présidentielle votre vieil ami François Bayrou et rallié le futur président.
D’autres, tout aussi non préparés aux fonctions de ce ministère éminemment régalien, auraient acquis au contact des militaires une stature politique afin de viser, plus tard, bien plus haut. Hélas ! Comme l’immense majorité de vos prédécesseurs depuis 1945, voire depuis l’ineffable Maginot, et à l’exception notable d’un Pierre Messmer, d’un Michel Debré ou d’un Jean-Pierre Chevènement, vous êtes resté d’une pâleur impressionnante. Pis, depuis votre nomination, vous avez démontré une incompétence rare qui serait risible si votre action ne nuisait pas aux intérêts vitaux de la France et de l’Europe.
À votre décharge, je concède volontiers qu’il ne doit pas être facile de diriger un tel ministère à l’ère de l’« omniprésidence omnipotente » et de sa kyrielle de conseillers, véritables ministres bis. Faut-il en déduire qu’une situation pareille vous sied et que vous jouissez en fait des ors de la République ?
Je le croyais assez jusqu’à la survenue d’un événement récent. Depuis, j’ai compris que loin d’être indolent, vous effectuez un véritable travail de sape, pis une œuvre magistrale de démolition systématique qui anéantit quarante années d’indépendance nationale (relative) au profit d’une folle intégration dans l’O.T.A.N. américanocentrée, bras armé d’un Occident mondialiste globalitaire.
Vous vous dîtes partisan de la construction européenne alors que vous en êtes l’un de ses fossoyeurs les plus déterminés. L’Europe, sa puissance sous-jacente, ses peuples historiques vous indiffèrent, seule compte pour vous cette entité despotique de dimension planétaire appelée « Occident ».
Qu’est-ce qui m’a dessillé totalement les yeux en ce 6 février 2009 ? Tout simplement votre décision inique et scandaleuse de congédier sur le champ Aymeric Chauprade de son poste de professeur au Collège interarmées de Défense (C.I.D.). Brillant spécialiste de géopolitique, Aymeric Chauprade présente, dans un nouvel ouvrage Chronique du choc des civilisations, des interprétations alternatives à la thèse officielle des attentats du 11 septembre 2001. Exposer ces théories « complotistes » signifie-t-il obligatoirement adhérer à leurs conclusions alors qu’Aymeric Chauprade, en sceptique méthodique, prend garde de ne pas les faire siennes ?
Peu vous chaut l’impartialité de sa démarche puisque, sur l’injonction du journaliste du Point, Jean Guisnel, auteur d’un insidieux article contre lui, vous ordonnez son exclusion immédiate de toutes les enceintes militaires de formation universitaire. Mercredi dernier - 11 février -, l’infâme Canard enchaîné sortait une véritable liste d’épuration en vous enjoignant d’expulser d’autres intervenants rétifs au politiquement correct. Auriez-vous donc peur à ce point (si je puis dire) de certains scribouillards pour que vous soyez si prompt à leur obéir, le petit doigt sur la couture du pantalon ? Faut-il comprendre que Jean Guisnel et autres plumitifs du palmipède décati sont les vrais patrons de l’armée française ?
Avez-vous pris la peine de lire l’ouvrage incriminé ? Votre rapidité de réaction m’incite à répondre négativement. Il importe par conséquent de dénoncer votre « attitude irresponsable, irrespectueuse et indigne », car « nier la réalité est une attitude particulièrement inquiétante pour un ministre et qui n’atteste pas du courage que chacun est en droit d’attendre d’un haut responsable politique ». Qui s’exprime ainsi ? M. Jean-Paul Fournier, sénateur-maire U.M.P. de Nîmes, irrité par la fermeture de la base aéronavale de Nîmes - Garons, cité par Le Figaro (et non Libé, Politis ou Minute) du 9 février 2009. Le sénateur Fournier a très bien cerné votre comportement intolérable et honteux.
Aymeric Chauprade interdit de tout contact avec le corps des officiers d’active, vous agissez sciemment contre l’armée française, contre la France. En le renvoyant, vous risquez même de devenir la risée de l’Hexagone. En effet, le 12 juillet 2001, Aymeric Chauprade publiait dans Le Figaro un remarquable plaidoyer en faveur d’un « bouclier antimissile français ». Et que lit-on dans Le Figaro du 12 février 2009 ? « La France se lance dans la défense antimissile »… Certes, nul n’est prophète en son pays, mais quand même, ne peut-il pas y avoir parfois une exception ?
Votre action injuste me rappelle d’autres précédents quand l’Institution militaire sanctionnait des officiers coupables de penser par eux-mêmes et de contester ainsi le conformisme de leur temps : le général Étienne Copel, le colonel Philippe Pétain, le lieutenant-colonel Émile Mayer, le commandant Charles de Gaulle. Anticonformiste, Aymeric Chauprade l’est avec talent et intelligence ; il s’inscrit dans la suite prestigieuse des Jomini, Castex et Poirier. Voilà pourquoi le réintégrer au C.I.D. serait un geste fort pour l’indispensable réarmement moral d’une armée qui en a grand besoin.
Je doute fort, Monsieur le ministre de la Défense euro-atlantiste, que ma missive vous fera changer d’avis. Qu’importe ! Libre à vous de rester insignifiant et de figurer dans les chroniques comme le Galliffet de la réflexion stratégique.
Recevez, Monsieur le Ministre, mes salutations normandes.
Georges Feltin-Tracol
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